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Actualités, Financier
25/06/2026

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Marchés agités, entreprises solides : les leçons d’un semestre sous tension

Conflit au Moyen-Orient, rebond des marchés d’actions, nouveau patron à la tête de la Fed : le premier semestre 2026 n’aura pas manqué de surprises. Pierre-Henry Oger, Head of Investment Management and funds coordination, revient sur ces six mois mouvementés et nous donne les clés pour comprendre ce qui s’est vraiment passé.

Conflit au Moyen-Orient, volatilité, tensions géo-politiques : quel bilan tires-tu de ce premier trimestre ?

Pierre-Henry Oger : Le premier semestre 2026 restera dans les mémoires. L’élément déclencheur ? Le conflit entre les États-Unis et l’Iran, qui a mis les marchés financiers sous haute tension dès le début de l’année.

La première conséquence a été une flambée des prix du pétrole. La raison : le détroit d’Ormuz, par lequel transite normalement 20 % du pétrole mondial, a été bloqué. Les marchés ont immédiatement paniqué. Les actions ont chuté, les taux d’intérêt ont bondi — ce qui, mécaniquement, a fait baisser la valeur des obligations.

Mais la réalité, une fois la poussière retombée, s’est révélée moins dramatique que prévu. Une grande partie des flux pétroliers a pu être reroutée, notamment via des pipelines. Au final, seulement 5 à 6 % de la production mondiale se retrouvait réellement bloquée. Et surtout, nos économies sont aujourd’hui bien moins dépendantes du pétrole qu’elles ne l’étaient dans les années 1970.

La panique initiale a donc rapidement laissé place à un rebond : les marchés d’actions ont retrouvé des couleurs, portés notamment par des résultats d’entreprises remarquables, en particulier dans le secteur technologique. Les bénéfices des sociétés du S&P 500 affichaient en moyenne une hausse de 27 % au premier trimestre. Et si Donald Trump n’a pas manqué à sa réputation d’imprévisibilité, un accord semble finalement s’être dessiné pour mettre fin au conflit.

Les entreprises ont bien résisté malgré ce contexte.
Comment l’expliques-tu ?

Pendant que le conflit se concentrait géographiquement sur le Moyen-Orient, le reste du monde a continué de tourner. Et il a même tourné plutôt bien, en particulier du côté des géants de la technologie.

Les grands acteurs du cloud et de l’intelligence artificielle — ce qu’on appelle les «hyperscalers» — ont continué d’investir massivement dans leurs infrastructures. Des centaines de milliards de dollars déversés chaque année dans la construction de datacenters et le développement de l’IA. Ces sommes colossales se retrouvent dans le chiffre d’affaires de nombreuses entreprises qui gravitent dans cet écosystème.

À cela s’ajoute un autre phénomène : les gouvernements dépensent sans compter aux quatre coins de la planète — même l’Allemagne, traditionnellement très conservatrice sur le plan budgétaire, a lâché les cordons de la bourse. Résultat : un flux de liquidités considérable continue d’alimenter l’économie réelle et les marchés financiers.

L’introduction en bourse de SpaceX a également créé de l’enthousiasme, et d’autres méga-IPO sont attendues d’ici la fin de l’année, contribuant à tirer les valorisations vers le haut.

Un nouveau patron à la Fed : quel message pour les épargnants ?

Le mandat de Jerome Powell à la tête de la Réserve fédérale américaine (la «Fed») est arrivé à son terme. Son successeur, Kevin Warsh, a pris les rênes et a rapidement donné le ton, avec une première réunion de la FED tenue il y a quelques jours.

Sa première décision : pas de changement sur le niveau des taux. Rappelons-nous que c’est bien éloigné de ce qu’anticipaient les marchés en début d’année. Mais la montée de l’inflation, directement liée au conflit au Moyen-Orient, ne lui a guère laissé le choix.

Kevin Warsh a également changé la façon dont la Fed communique : exit les grandes annonces sur les orientations à long terme, place à une approche plus «au jour le jour». Ce qui lui permettra d’ajuster sa politique en temps réel, selon l’évolution de la situation.

Ce contexte de taux élevés et d’incertitude monétaire change-t-il votre façon de construire les portefeuilles ?

La réponse courte : non. Notre philosophie d’investissement ne change pas au gré des taux. Ce qui change, c’est la manière d’ajuster les portefeuilles.

Quand les taux montent, les obligations perdent de la valeur — c’est une règle de base de la finance. Pour limiter cet impact, il vaut mieux se concentrer sur des obligations à «courte duration» (autrement dit, qui arrivent à échéance rapidement) et investir dans des obligations indexées sur l’inflation, qui protègent justement contre ce phénomène.

Du côté des actions, la volatilité est en réalité une opportunité : elle permet parfois d’acheter de belles entreprises à des prix attractifs. L’essentiel est de rester discipliné, de choisir des sociétés de qualité dont on comprend le modèle, et de ne pas se laisser emporter par les émotions du moment.

Dans ce type d’environnement, quel est l’argument central pour rester investi ?

Sortir des marchés au mauvais moment, c’est probablement l’erreur la plus coûteuse qu’un investisseur puisse commettre.

Prenons l’indice MSCI World, qui représente les grandes entreprises mondiales.

Entre le début 2001 et aujourd’hui, un investisseur resté pleinement investi a engrangé environ 400 % de rendement — malgré les crises, les bulles, les pandémies et les conflits. Impressionnant.

Mais s’il avait raté seulement les 5 meilleures journées de ces 25 ans ? Son rendement tombe à 260 %.

Et s’il avait raté les 20 meilleures journées ? Le rendement n’est plus que de 80 %.

Le paradoxe, c’est que ces journées de rebond spectaculaire surviennent souvent juste après une période de forte panique — précisément quand beaucoup d’investisseurs ont quitté le marché. Ceux qui sont sortis loupent le rebond.

Le «market timing» — l’art de vendre au bon moment et de racheter au bon moment — peut fonctionner par chance, mais échoue systématiquement sur le long terme.

ETF ou gestion active : pourquoi le contexte actuel plaide-t-il pour sélectionner soi-même ses entreprises ?

Les ETF ont le vent en poupe, et on comprend pourquoi : peu de frais, simplicité, diversification apparente… et justement, les apparences sont trompeuses.

Prenez un ETF qui suit le S&P 500 : il regroupe les 500 plus grandes entreprises américaines. En théorie, c’est très diversifié. En pratique ? Les 10 plus grosses sociétés représentent aujourd’hui une part disproportionnée de l’indice.

Quand on achète un ETF S&P 500, on achète surtout ces 10 géants — qui se trouvent être particulièrement chers. Les 490 autres sociétés, souvent moins valorisées et tout aussi intéressantes, ne pèsent que très peu dans le portefeuille.
La gestion active, elle, permet de sortir des sentiers battus : aller chercher des opportunités hors des grands indices.

L’un de nos plus gros succès récents est une société sud-coréenne qui n’apparaît pourtant dans aucun indice majeur. Savoir exactement dans quoi on investit, et pourquoi, c’est aussi une source de sérénité que ne peuvent pas offrir les ETF.

Et pour la suite ? Où vois-tu des opportunités au second semestre ?

Nous ne sommes pas favorables aux prévisions à court terme, qui s’avèrent le plus souvent erronées — le premier semestre en est la preuve éclatante.

Ce que l’on sait, en revanche, c’est ce contre quoi tout épargnant devrait se prémunir en priorité : l’inflation.

Ce n’est pas spectaculaire, mais c’est dévastateur sur le long terme. En zone euro, l’inflation moyenne depuis 2020 s’élève à 3,5 % par an — ce qui représente une perte de pouvoir d’achat de 25 % en à peine cinq ans. L’épargne dormante perd de la valeur sans que son titulaire s’en aperçoive.

Le meilleur rempart contre l’inflation reste l’investissement en actions, à condition de choisir des entreprises capables de faire croître leur chiffre d’affaires au rythme de la hausse des prix — et non de la subir. Pour ceux qui ont un profil plus prudent, les obligations indexées sur l’inflation constituent également un outil précieux.

Pierre-Henry Oger

Head of Investment Management and Funds Coordination


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