L’histoire monétaire se répète

24.06.2022

Cinq partis du gouvernement fédéral remettent sur la table la “taxe sur les riches” afin de lutter contre l’inflation. L’idée n’est pas neuve. “L’inflation et la dépossession monétaire sont utilisées pour manipuler la devise depuis des siècles”, déclare Christophe Van Canneyt, Chief Economist de CapitalatWork.

Quel est le point commun entre le denier romain et le dollar américain? La dévaluation de la monnaie. L’Empire romain utilisait le denier d’argent qui, au début de notre ère, pesait 4,5 grammes et était entièrement composé d’argent. Or, en 64 déjà, l’empereur Néron réduisit la teneur en argent de la pièce à 80%. “Cette mesure a probablement servi à financer la reconstruction après le grand incendie de Rome”, avance Christophe Van Canneyt, Chief Economist de CapitalatWork. “Les empereurs successifs, en procédant à des dévaluations délibérées, ont progressivement réduit la teneur en argent du denier dans le cadre de nombreuses réformes monétaires.”

Vingt siècles plus tard, l’histoire paraît se répéter. L’explosion des coûts liés à la guerre américaine au Vietnam et un programme social coûteux ont contraint le président Nixon à agir: le 15 août 1971, il a abandonné l’ancrage de sa monnaie à l’or à un cours de 35 dollars l’once. “Le dollar a alors rapidement perdu de sa valeur par rapport à l’or. Et c’est ainsi qu’a disparu la stabilité monétaire que le monde occidental connaissait depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.”

Travail, énergie et matières premières coûteux

Contrairement au denier, cependant, le dollar américain semble loin de quitter la scène. La devise US a le vent en poupe, elle qui est aujourd’hui cotée à son plus haut niveau depuis 2002. Il y a une explication claire à cela. Au lendemain de la crise bancaire de 2008, les banques centrales ont créé une énorme quantité d’argent. Et depuis, le prix de l’argent – le taux d’intérêt – a fortement baissé. L’inflation attendue à l’époque ne s’est pas matérialisée car nous traversions une période déflationniste depuis plusieurs années. Désormais, l’atmosphère a radicalement changé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

“L’évolution démographique joue un rôle à cet égard”, indique Maarten Rooijakkers, administrateur délégué de CapitalatWork Foyer Group. C’est la première fois depuis deux générations qu’une force de travail disponible et mobilisable en suffisance fait défaut au niveau mondial. D’ici à 2029, pour 100 personnes âgées de 60 à 66 ans qui partent à la retraite, il ne restera que 82 personnes âgées de 18 à 25 ans sur le marché du travail. “La main-d’œuvre devient structurellement plus chère”, reprend Christophe Van Canneyt. “Ajoutez à cela la forte hausse des cours de l’énergie et la pénurie mondiale de matières premières due à la pandémie de coronavirus, à la perturbation des chaînes logistiques et à la guerre en Ukraine, et vous comprenez pourquoi les produits finis enchérissent eux aussi.”

Inflation internationale

L’inflation et le pouvoir d’achat sont soudainement au centre du discours social. Les responsables de la politique monétaire, qui avaient laissé les vannes grandes ouvertes pendant une décennie, ont réalisé à quel point ils avaient sous-estimé cette vague inflationniste et étaient en retard sur les faits. “Les premières banques centrales à en prendre conscience furent celles des pays émergents, qui ont commencé à relever les taux d’intérêt dès l’été dernier”, observe Christophe Van Canneyt. “La Fed, en revanche, n’a changé de discours qu’au début de cette année. Dorénavant, la banque centrale américaine indique clairement qu’elle prévoit une série de hausses des taux d’intérêt en 2022. Et elle entend inverser les achats de soutien d’obligations en vendant une partie des titres.”

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par conséquent, le taux d’intérêt américain a considérablement augmenté et le différentiel de taux d’intérêt entre le dollar et l’euro s’est accru. En Europe, les taux d’intérêt peuvent difficilement être plus élevés en raison de la situation précaire des finances publiques du maillon faible de l’Eurosystème: l’Italie. “Avec un taux d’endettement d’environ 155% du PIB, un déficit budgétaire de quelque 7,2% du PIB (2021) et sa faible croissance, l’Italie serait dans une posture très délicate sans taux d’intérêt bas”, confirme Christophe Van Canneyt. “Le marché en est conscient. La Banque centrale européenne ne peut donc menacer de manière crédible de relever les taux d’intérêt.”

L’histoire se répète

La dépendance vis-à-vis des matières premières est un autre facteur déterminant. L’explosion des cours des matières premières a renforcé la position commerciale des pays disposant de ressources naturelles. “Une fois de plus, l’Europe et le Japon, qui doivent importer quantité d’énergie, de métaux et de nourriture, sont perdants face aux États-Unis, à l’Australie, à la Norvège et à beaucoup de pays émergents”, analyse Christophe Van Canneyt.

En outre, dans le climat géopolitique actuel, la dépendance à l’égard des matières premières risque de devenir nettement plus structurelle. Là encore, la conclusion est que l’euro est désavantagé par rapport à de nombreuses autres devises. “Ne vous laissez pas aveugler par le tableau actuel”, conclut Maarten Rooijakkers. “En examinant des questions telles que l’inflation, la dévaluation et l’impôt sur la fortune dans une perspective historique, on est forcé de conclure que l’histoire se répète sans cesse. Essayons avant tout de maintenir la paix.”

 

Article publié dans Sabato Knokke

 

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